Dex Aïe !
Le cri de guerre des Normands
 

Il est des mots qui donnent du courage avant les combats et galvanisent au milieu de la bataille : le cri de guerre « Dex Aïe » fut de ceux-là.

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Le cri d’armes Dex Aïe fut « l’enseigne de Normandie », le cri de ralliement des ducs, a expliqué Wace, chroniqueur anglo-normand du XIIe siècle. Les médiévistes proposent de traduire cette enseigne par « Dieu ! À l’aide » : cette prière était à la fois une invocation à Dieu, un appel à l’aide et un cri d’encouragement. Elle permettait de lancer les charges de cavalerie et de se faire reconnaître dans le tumulte des combats.



Mais comment faut-il prononcer l’enseigne normande ?


Plusieurs prononciations se sont succédé au cours des siècles mais « il serait injurieux pour nos ancêtres», affirme un philologue, de prononcer «dex aïe» comme si l’on s’était fait mal quelque part. À l’époque de la bataille d’Hastings, Guillaume le Conquérant et ses combattants durent prononcer quelque chose comme « déous ! ayé ! » et l’on propose donc de garder cette usage. « Normanz escrient : Dex Aïe, La gent engesche : Ut (out !) s’escrie », raconte une ancienne chronique. Peut-être Guillaume le cria-t-il, en levant son casque, quand certains crurent qu’il avait été tué par l’armée de Harold ?



Dex Aïe ! Thor Aïe !


On a parfois écrit que ceux qui combattirent Guillaume à la bataille de Val-ès-Dunes s’écrièrent Thor Aïe, pour marquer leur attachement à la tradition norroise et leur opposition au Dex Aïe de Guillaume. Mais il s’agit probablement d’une confusion. Chaque seigneur avait sa propre enseigne et les ennemis de Guillaume durent crier « Toirié ! », en référence à Thury, chef-lieu de la seigneurie de Raoul Taisson. Dex Aïe ne fut sans doute pas qu’un cri de guerre, mais aussi un cri de joie. Un jeune moine du Mont-Saint-Michel écrit vers 1155 que le soir de la dédicace par Aubert du premier sanctuaire du Mont, vers 709, « il y avait de longues files de pèlerins marchant par les chemins. Jeunes filles et jeunes gens, chacun disait vers ou chansons. Ceux qui n’en savaient pas disaient : En avant ! Dex aïe ! En marche ! Que la joie était grande ».

Quelques sources

  1. -Guillaume de Saint-Pair, Le Roman du Mont-Saint-Michel. Manuscrit du XIIe siècle. Lien.

  2. -Wace, Roman de Rou. Vol. 1, vol. 2.

  3. -Véronique Gazeau (dir.), Identité et ethnicité : concepts, débats historiographiques, exemples (IIIe-XIIe siècle). Page 50. Lien.

  4. -René Lepelley, in Annales de Normandie, Volume 37, mai 1987.

« Ici le Duc Guillaume exhorte ses soldats »

© Musée de la Tapisserie de Bayeux